Le but est simple : aider à repérer tôt qu'un enfant ne va pas bien à cause des autres — pour qu'un adulte de confiance soit là avant que ça s'aggrave.
L'application veille sur deux fronts :
L'histoire vraie d'un radar qu'on construit pour entendre ce que personne n'entend encore.
Le but est simple : aider à repérer tôt qu'un enfant ne va pas bien à cause des autres — pour qu'un adulte de confiance soit là avant que ça s'aggrave.
L'application veille sur deux fronts :
1. Le danger évident — insultes, menaces, approche d'un prédateur : comme les meilleures applications, elle le repère tout de suite et prévient le parent.
2. L'invisible — la mise à l'écart, le silence, « on ne te répond plus » : ça, aucune autre ne le voit. C'est notre spécialité, et c'est le plus fréquent.
Comment ça marche, en trois temps :
1. Pendant une semaine, l'application apprend le « normal » de l'enfant — son rythme, sans lire un seul message.
2. Elle remarque quand il s'éloigne de lui-même : il s'efface, et surtout on cesse de lui répondre.
3. Elle murmure d'abord à l'enfant, puis invite un adulte de confiance à être présent. Jamais un diagnostic, jamais une accusation.
Shieldy est porté par une association (SOS Écrans, sans but lucratif). Protéger un enfant ne devrait pas dépendre du portefeuille des parents. L'application est, et restera, gratuite — et on ne se paiera jamais sur les données des enfants.
Le principe, non négociable : on veille, on ne surveille pas. L'application ne lit pas les messages, rien ne sort du téléphone, l'enfant garde la main — et elle ne pose jamais de diagnostic. Elle invite simplement un adulte de confiance à être présent.
Cette application existe déjà et se construit. Ce qui suit raconte, honnêtement, comment on en est arrivés là : la recherche, les erreurs qu'on assume, et les découvertes.
Le harcèlement scolaire fait des dégâts documentés, mesurés, incontestables. Les parents les voient. Les professeurs les voient. Même la victime, parfois, n'a pas de mots pour ce qui lui arrive — jusqu'au moment où elle en a trop.
La question qu'on s'est posée était simple, et un peu folle : peut-on voir venir ce moment avant qu'il arrive ?
Détecter "ta gueule" ou "je vais te tuer" dans un message : c'est résolu. On le fait. Un filtre écrit en une heure le fait. Des dizaines d'entreprises le font depuis des années.
Ce n'est pas ça qui détruit les enfants.
Le harcèlement qui dure des mois — celui dont personne ne se remet — ne laisse presque aucune trace directe. Il vit dans ce qui n'est pas dit. Dans la blague qu'on ne comprend pas tout à fait. Dans le message auquel on ne répond plus. Dans la conversation à laquelle on n'est plus invité.
Revue de 109 publications scientifiques · Shieldy, juin 2026On a appelé ça le Murmure. Et on a décidé d'apprendre à une machine à l'entendre. Pas en espionnant les enfants — en reconnaissant la forme que prend une conversation quand quelque chose ne va pas. Comme un médecin qui reconnaît une fracture sur une radio.
On a lu les travaux des chercheurs qui ont passé leur vie à une question similaire : quand quelqu'un perd pied, qu'est-ce qu'il dit — et comment il le dit ? On a traduit leurs théories en mesures automatiques.
| Famille | Ce qu'on mesure dans la conversation | Référence scientifique |
|---|---|---|
| B1 — Irréversibilité | "Plus jamais", "de toute façon", fermetures de portes langagières | Thomas Joiner (2005) |
| B2 — Corps | "J'en peux plus", "j'ai mal", langage somatique de détresse | Wilfred Bion (1962) |
| B3 — Timing | Messages à 3h du matin, silences de plus de 2h, ruptures de rythme | Klein (2026) |
| B4 — Mentalisation | Incapacité à nommer les émotions de l'autre dans le texte | Peter Fonagy (2004) |
| B5 — Réciprocité | Quelqu'un qui répondait à tout et qui soudainement n'est plus là | Joiner (2005) |
Chaque run est un test complet sur des conversations que le moteur n'a jamais vues. Deux chiffres comptent : combien de harcèlements on détecte, et combien de fois on sonne pour rien.
| Run | Changement testé | Détection | Fausses alarmes | Verdict |
|---|---|---|---|---|
| Baseline | Moteur à règles (avant le ML) | 10% | 4% | Aveugle |
| Run 1 | Premier ML — sens du texte seul | 69% | 45% | Trop d'alarmes |
| Run 2 | + données conversations FR réelles | ~60% | 10% | Progrès |
| Run 4 | + B3 timing (heure, silences) | 61% | 5% | Meilleur à l'époque |
| Run 5 | + B5 réciprocité (trop peu de données) | 58% | 21% | Régressif |
| Run 6 ★ | + 5 608 messages ados FR réels | 62% | 2% | Champion |
| Run 7–8 | + tweets toxiques (mauvaise idée) | 75–80% | 25–27% | Régressif |
| Run 9 | + CamemBERT (modèle de langue FR) | 61% | 4% | Doublon |
| Run 10 | LightGBM (algorithme plus puissant) | 73% | 16% | FP trop élevé |
| Run 11 | Architecture deux étages (suggestion Axel Delaval) | 62% | 2% | = champion |
Détection = % de vraies situations détectées · Fausses alarmes = % de conversations normales signalées à tort
Jeu de test : conversations générées par Gemini, ChatGPT et Claude — jamais vues à l'entraînement
⚠️ MAJ 17/06 : ces taux sont sur jeu synthétique/équilibré (optimiste). Sur français réel du quotidien, les fausses alarmes sont bien plus élevées — ~34 %, ramenées à ~10 % après correctif. Voir le dossier.
La ligne rouge doit rester basse. La ligne verte doit rester haute. Le Run 6 est le seul run où les deux conditions sont simultanément remplies sur ce jeu de test (synthétique, équilibré) — pas encore sur du français réel du quotidien (voir la mise à jour plus haut).
On cherche le coin bas-droite : détecter beaucoup, se tromper peu. Le Run 6 est le seul à y être arrivé.
On a cru tenir le signal du murmure. On s'est trompés — deux fois — et on préfère vous le dire.
D'abord on a cru que « la victime se tait, elle disparaît » : en vérifiant nos propres données, c'était une erreur de lecture du fichier, pas un vrai résultat — retiré. Ensuite on a testé « plusieurs se liguent contre un » : vrai dans des jeux de rôle, mais pas confirmé sur de vraies conversations (avec des groupes témoins, ça ne se distingue pas). Conclusion honnête : on n'a pas encore trouvé LA signature du murmure — et on le dit, parce qu'on préfère la vérité à une belle histoire.
Illustration d'origine, retirée du raisonnement : la « chute » de présence qu'elle montrait reposait sur la mesure erronée corrigée ci-dessus.
Ce qui reste solide, et qu'on continue d'explorer : le murmure ne se lit pas dans les mots d'un message isolé, mais dans la dérive d'un enfant par rapport à son propre normal, dans le temps — il se met en retrait, son rythme change, sa place dans le groupe s'effrite.
Sur un corpus réel (SCCD), le harcèlement voilé est d'ailleurs détecté environ deux fois moins que l'explicite, à taux de fausses alertes égal : c'est bien le signal implicite qui est le point dur. Rien de tout cela n'est encore une signature validée — c'est une piste, à éprouver sur le terrain.
Voici l'idée qui change tout, et elle vient de la psychanalyse (Winnicott, Mélanie Klein, Fairbairn) : la gravité d'un harcèlement n'est pas dans l'événement, elle est dans ce que l'enfant en fait à l'intérieur.
Un enfant qui peut être en colère et rester lui-même encaisse. Un enfant qui retourne le mal contre lui — « c'est ma faute », et qui se tait pour protéger les autres — celui-là est en danger. Les psychanalystes appellent ça la « défense morale » : l'enfant préfère se croire mauvais plutôt que de voir que ceux qu'il aime le blessent. C'est exactement pour ça que la victime se tait.
Ce n'est pas qu'une belle idée — elle est dans le code de l'application. Concrètement : perdre un copain en restant soi-même = pas grave. Mais on cesse de te répondre (exclusion) ET tu commences à t'effacer (tu te tais, tu effaces ce que tu écris) = le signal grave. Cette règle — l'exclusion conjuguée au repli contre soi — est écrite, testée, et embarquée dans l'app. La théorie clinique est devenue une ligne de code.
Et c'est aussi pour ça que l'app ne lit jamais les messages : puisque la blessure est interne, on ne peut pas la lire dans les mots. On apprend le « normal » de chaque enfant et on regarde s'il s'éloigne du sien. L'app murmure à l'enfant (« tu sembles plus discret… »), ne l'accuse jamais, ne dit jamais « tu es harcelé » — elle invite simplement un adulte de confiance à être là. C'est ce que Winnicott appelle « tenir » l'enfant.
C'est le pourquoi clinique de nos choix (regarder chaque enfant, pas les messages ; signaler sans juger), pas une preuve qu'on détecte le harcèlement à coup sûr. Ça se valide sur le terrain, avec des humains dans la boucle. Et jamais — au grand jamais — il ne s'agit de dire que « c'est la fragilité de la victime, le problème ». C'est l'inverse : c'est une raison de tenir l'enfant, pas de le juger.
Pendant des semaines, on cherchait le murmure dans les mots. Un mur. Et en quelques jours, on a arrêté de chercher au mauvais endroit — et tout s'est aligné.
On a cessé de demander « ce message est-il méchant ? » pour demander « cet enfant s'éloigne-t-il de lui-même, et cesse-t-on de lui répondre ? ». Ce n'est pas un détail. C'est tout le projet.
La preuve. Sur 3 015 vraies conversations, regarder qui parle à qui attrape six fois plus de dérapages que lire les mots — à fausses alarmes égales. Et on a retrouvé le même signal là où on ne l'attendait pas : chez les babouins, où les liens sociaux qui s'éteignent annoncent l'effondrement. La nature dit la même chose que nos conversations d'enfants.
Le silence a une forme. Sur de vraies communications, on a mesuré le moment où l'entourage d'une personne « s'éteint » — quand on cesse, jour après jour, de lui répondre. Le silence, longtemps dit « impossible à entendre », a une trace.
Et le plus beau : on s'est rendu compte qu'on avait déjà une application — qui tourne sur le téléphone, sans lire un seul mot. En quelques heures, on y a fait entrer le signal relationnel (« on te lâche »), son réglage prouvé sur données réelles, et la règle clinique de Fairbairn. La théorie est devenue du code, testé, embarqué.
On n'a pas « résolu » le harcèlement — la vraie preuve viendra du terrain, avec de vraies familles, une vraie classe, et toujours un humain dans la boucle. Mais en quatre jours, Shieldy est passé d'une idée à un instrument qui tourne : une science de l'enfant, devenue un outil qui veille — sans surveiller.
Pour aller plus loin, il faut plus de vraies conversations d'adolescents. Voilà où on en est sur les données :
| Dataset | Pays | N | Utilité pour Shieldy | Statut |
|---|---|---|---|---|
| CyberAgressionAdo-Large | 🇫🇷 | 5 608 msgs | Conversations réelles FR — moteur actuel | Production |
| ECLS-K | 🇺🇸 | 4 054 enfants | 26% en trajectoire chronique — calibrage | Exploité |
| TRAILS | 🇳🇱 | 2 230 ados | Tempérament 11 ans → trajectoire 13 ans | Demande envoyée |
| ALSPAC | 🇬🇧 | 14 541 | Attachement + harcèlement longitudinal | En préparation |
| krisenchat / SNARE | 🇩🇪 🇳🇱 | 10 000+ | Vraies conversations de crise ados | Contact en cours |
On sait détecter un murmure dans une conversation. Mais peut-on voir, dès l'âge de 11 ans, quel enfant est à risque de devenir une victime chronique à 13 ans — avant même que le harcèlement commence ?
Des chercheurs néerlandais ont suivi 2 230 adolescents pendant 24 ans. Ils ont mesuré la capacité de chaque enfant à comprendre ce que ressentent les autres. Notre hypothèse : les enfants à faible capacité de mentalisation à 11 ans sont disproportionnellement présents dans les trajectoires de victimisation chronique à 13 ans.
Hypothèse H2 · Formulaire TRAILS soumis le 13 juin 2026 · Référence : Fonagy & Luyten (2009)Si c'est vrai, on peut cibler la prévention. Pas après la crise — avant. Pas chez la victime — chez l'ensemble de la classe, en renforçant la mentalisation dès 10-11 ans.
On attend l'accès aux données. C'est le genre d'attente qui vaut quelque chose.